Biographie de Rik Wouters

1899-1907 : Les sculptures académiques, les premières peintures, la rencontre de Nel

Né à Malines en 1882, Henri Wouters commence sa formation artistique à 12 ans dans l’atelier de son père où il travaille le bois et réalise des sculptures pour meubles. Mais il désire en connaître plus sur la sculpture et s’inscrit en 1897 à l’Académie de Malines où il poursuit ses cours jusque 1901. En 1900, il s’inscrit à l’Académie de Bruxelles et notamment dans le cours de " sculpture d’après nature " donné par Charles Van der Stappen.
A cette époque, l’artiste manque encore d’inspiration et reste enfermé dans les contraintes imposées par l’Académie et les sujets allégoriques de ses concours.
A 22 ans, il rencontre la femme de sa vie. Nel est modèle pour différents artistes et devient la muse qu’il ne cessera jamais de représenter. Il l’épouse et le couple s’installe à Watermael en 1907. Malheureusement, les temps sont durs et l’année suivante, ils sont déjà contraints de retourner à Malines chez le père de Rik. Pour le couple, ce retour à la maison paternelle, est vécu comme une humiliation. Nel devient la " ménagère " de la famille Wouters et Rik, qui dispose d’une partie de l’atelier de son père, ne parvient pas à se concentrer sur son travail et ne produit rien de satisfaisant. Ils sont soumis, travaillent dur et manquent d’intimité à cause de l’étroitesse de la maison. Les tensions qui surgissent au sein du couple décident de leur retour à Bruxelles quinze mois à peine après leur installation à Malines.
Dès les années 1904-1905, Rik sculpte La nymphe dans laquelle on sent à la fois sa volonté de s’affranchir des lourdes contraintes académiques et les limites de son inspiration. Cette œuvre réalisée en vue d’être présentée au Concours Godecharle, est commencée à Watermael et emmenée à Malines. Elle ne sera jamais terminée, et abandonnée sur place. En 1907, grâce à sa première œuvre réellement libérée de la rigidité académique, Rêverie obtient la deuxième place du concours Godecharle. L’effet produit par le léger déhanchement du bassin du sujet, par les jambes croisées au niveau des pieds, ou par les bras pendants le long du corps et sur les reins, innove un changement dans sa sensibilité. Tout concourt à nous donner une impression de mouvement délicat dans son instantané. Il se réinscrit à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles en vue de préparer le prix de Rome.
Vers 1896-1901, Rik Wouters entame sa carrière de peintre avec des portraits. Il réalise ensuite des compositions allégoriques et symboliques auxquelles il tente d’apporter une luminosité nouvelle. En autodidacte, il fait de multiples recherches afin que ses tableaux soient lumineux et clairs. Il éclaircit la gamme de ses couleurs, utilise des tons gris argentés et roses nacrés, mais ne parvient pas à réaliser des œuvres sans qu’une lourdeur dans la matière ne se fasse sentir. Ses essais le conduisent tour à tour à peindre de manière " pointilliste ", mais avec des points larges et empâtés, à utiliser de la cire pour donner un effet mat à son tableau Le matin d’été, ou à expérimenter différents types de supports.


1907-1912 : Installation à Boitsfort, projet de Vierge Folle, rencontre avec Simon Lévy

Nel, atteinte de tuberculose doit s’installer à la campagne. C’est donc à Boitsfort que l’artiste fait plusieurs essais de peinture et des études de lumière. Pour cela, il utilise des couleurs claires et les applique sur du carton, les toiles étant trop chères. Sa préférence va surtout aux intérieurs et aux natures mortes, réalisés au couteau, à grands coups de matière comme le faisait Ensor pour créer une atmosphère vibrante dans ses intérieurs bourgeois. Des œuvres comme La dame aux gants gris ou Intérieur d’aquafortiste A, ressemblent étonnement à certains tableaux du maître ostendais par leur luminisme particulier, leur sujet intimiste et la manière d’étaler la peinture pour que celle-ci accroche la lumière.
En 1910, il rencontre Simon Lévy, grand admirateur de Cézanne et de van Gogh, avec qui il entretiendra une correspondance suivie. Cette rencontre est capitale dans son évolution artistique. Cet homme lui parle longuement des expositions qu’il visite et des œuvres qu’il y découvre. Lévy lui envoie des reproductions en noir et blanc des œuvres qui lui plaisent, principalement de Cézanne.
Dès 1911, le peintre tente à nouveau de rendre la matière plus fluide pour jouer avec la transparence des couleurs. La peinture sera diluée dans la térébenthine. Elle sera étalée à la brosse (le couteau à palette étant définitivement abandonné) en une couche fine et transparente par endroit. Il adopte la toile absorbante car il pense qu’elle lui permet d’éviter les problèmes de l’alourdissement de la couche picturale. Malheureusement, pour compenser la perte d’éclat des couleurs, l’artiste est obligé de rajouter beaucoup de matière picturale, alourdissant par conséquence l’ensemble de la composition. Il travaille également à la construction du tableau et à mieux en définir les formes.
En sculpture, Rik Wouters en 1907, vient à peine de rompre avec les carcans académiques de sa formation que déjà, il décide de réaliser une œuvre étourdissante et endiablée qui immortaliserait le souvenir que lui a laissé la danseuse Isadora Duncan. En 1909, il entame ce qui deviendra La vierge folle deux ans plus tard.
La vie à Boitsfort dès 1907 est parfaitement heureuse. Le modèle favori de l’artiste est sa femme, mais souvent, les enfants du quartier viennent poser pour le sculpteur. Ces têtes d’enfant sont sculptées à la manière impressionniste. Les rayons vibrent sur chaque facette de la glaise. Maintenant, les sujets de ses sculptures ont une expression très vivante et une posture animée (Torse penché, Attitude). La vierge folle est moulée au début de l’année 1912. C’est une bacchante gigantesque, aux membres déployés, qui nous entraîne avec élan.
Pendant cette période, Rik Wouters réalise de beaux dessins très aboutis avec des jeux de lumière et d’espace très recherchés. Ses dessins sont précis et fouillés lorsqu’ils servent de préparation à une œuvre picturale ou gravée. En revanche, lorsqu’ils sont l’expression d’un mouvement ou d’une attitude prise au vol, ils sont nettement plus rapides et schématisés par l’utilisation de l’encre de Chine à la plume et au pinceau.
En avril 1912, il rencontre Georges Giroux et signe avec lui un contrat qui lui permet de travailler avec les meilleurs matériaux, à l’abri de toutes préoccupations matérielles en échange de l’exclusivité de ses ventes qui commencent alors à se faire plus fréquentes. Grâce au marchand, Rik Wouters entre dans une période de grande production, peignant une soixantaine de toiles en 1912.
Grâce à l’argent que lui rapporte sa participation à la première exposition organisée par Giroux, Rik Wouters peut enfin réaliser un rêve qui lui tient à cœur depuis bien longtemps : se rendre à Paris et y découvrir les impressionnistes.


1912-1914

Lors de son voyage à Paris en 1912, Wouters découvre enfin les couleurs de Cézanne. Il revoit avec plaisir les paysages impressionnistes de Monet, la carnation des femmes de Renoir et les feux d’artifices de Matisse. Il découvre Degas, Sisley, Picasso, Greco et Goya. Wouters est conquis : il parle même de s’installer dans la ville lumière. Il dessine beaucoup et réalise de nombreuses aquarelles. A Boitsfort, sa manière de peindre est radicalement nouvelle : sa palette s’éclaircit et s’illumine. Il abandonne la toile absorbante pour adopter la toile fine ou demi-fine qui lui permet de conserver l’éclat des couleurs. Grâce à l’aquarelle et aux nombreux essais techniques réalisés les années précédentes, les couleurs deviennent translucides et légères. Il dépasse la facture impressionniste en n’appliquant plus la peinture par une multitude de touches colorées. La toile maintenant, est à peine effleurée à la brosse, laissant de plus en plus apparaître le support. Dans des œuvres de 1912 comme La repasseuse, Portrait d’Ernest Wynants, ou encore Intérieur D, dame en bleu, collier d’ambre, on retrouve encore quelque chose d’Ensor par les couleurs papillonnantes, mais maintenant elles sont appliquées en touches légères et non plus au couteau à palette. On décèle l’influence de Matisse dans les arabesques et les couleurs éclatantes de Pommes et fleurs artificielles B., ou Hommage à Cézanne, dans Lilas, ou encore Les rideaux rouges, de 1913. L’intensité et la liberté de ses coloris, mais aussi la fougue dans l’exécution sont indéniablement rattachés au fauvisme.
Outre les nombreux tableaux que Rik Wouters exécute pendant cette période 1912-1914, il réalise aussi les décors pour " Le petit Poucet ", une adaptation d’Elslander qui sera jouée au théâtre de la Gaîté à Bruxelles avant d’être présentée aux Folies-Bergères à Paris.
Après son voyage à Paris en 1912, il se rend à Cologne et Düsseldorf où il admire des œuvres de Van Gogh, de Cézanne, des expressionnistes allemands, mais aussi des maîtres anciens. Il en rapportera quelques croquis.
En 1913, le sculpteur réalise Soucis domestiques, le Buste de James Ensor ou Buste d’Elslander, des œuvres qui n’ont plus l’exubérance et le mouvement de la Vierge folle mais qui sont tout aussi imposantes. Les sculptures de Rik Wouters passent au second plan après son activité principale devenue la peinture.
En 1913, il emporte le prix Picard. Le gain de 600 francs sera consacré à l’achat d’un terrain situé sur les hauteurs de Boitsfort à la place de la Citadelle et sur lequel il décide de construire sa maison. Rik et Nel s’y installent au printemps 1914. De son nouvel atelier, il ne se lasse de peindre la vue imprenable qu’il a sur le Coin du Balai et plus loin sur la forêt de Soigne. Il s’y rend régulièrement et sa production, durant cette période, s’en ressent : l’artiste aime peindre des scènes extérieures ou des personnages devant une fenêtre ouverte. Fin 1913, avec Giroux et Elslander, il effectue un nouveau voyage à Paris afin de retoucher les décors de la pièce de théâtre du " Petit Poucet " joué aux Folies-Bergères. Il y redécouvre des œuvres de Cézanne. Ces peintures lui enseignent une nouvelle façon de créer : la création d’après nature. En février-mars 1914, la galerie Georges Giroux lui consacre une exposition personnelle. C’est une consécration.
Le 19 décembre 1913, il reçoit un avis de l’armée l’informant qu’en cas de mobilisation, il devrait rejoindre immédiatement la Caserne des armuriers à Liège. Il ne sait pas encore que quelques mois plus tard, il sera appelé à combattre au front.

1914-1916

La guerre éclate et l’artiste, mobilisé le 31 juillet 1914, est envoyé sur le front : Liège, Lierre et Haasdonck pendant plus de six semaines. Il se plaint de plus en plus de violents maux de tête. Nel quitte le pays et gagne la Hollande, pays neutre, dès le mois de septembre. Vers la mi-octobre, Rik Wouters est interné dans le camp d’Amersfoort et de Zeist ensuite. Dans ce dernier camp, un élan de sympathie naît autour de lui. Il a des amis belges et hollandais qui intercédent auprès des autorités du camp en sa faveur. Rik et Nel parviennent à se voir de temps en temps, jouant de multiples ruses. On lui fournit des couleurs et du papier, lui permettant de continuer à réaliser des dessins et des aquarelles. Il représente ce qui l’entoure : des vues du camp, les soldats, et Nel lorsqu’ils ont l’occasion de se voir. Il travaille beaucoup durant sa détention mais sa santé se détériore rapidement et l’artiste doit subir plusieurs opérations. Au début de l’année 1915, grâce à l’intervention d’Emile Verhaeren, il obtient de pouvoir quitter le camp tous les jours et n’y rentrer que le soir. Il se fait soigner à l’hôpital militaire d’Utrecht, mais il garde le moral malgré les opérations et les lunettes qu’il doit porter. Nic Beets, qui travaille au Cabinet des Estampes d’Amsterdam essaie alors de lui obtenir une liberté conditionnelle. Mais la sympathie qu’on lui témoigne ne s’arrête pas là. M. et Mme Eppo Harkema prendront en charge tous ses frais médicaux ainsi que son installation dans un appartement à Amsterdam lors de sa libération conditionnelle. En effet, il s’y installe avec Nel en juin 1915. Là, il a la vue sur un canal très animé et en réalisera quelques belles oeuvres. En juillet 1915, les médecins connaissent la nature de sa maladie. C’est un cancer de la mâchoire. Il souffre d’atroces douleurs qui rendent ses séances de travail de plus en plus pénibles. Mais les œuvres qu’il réalise pendant cette période son encore éclatantes et lumineuses. En octobre, la maladie gagne du terrain ; il perd un œil et une bonne partie de la mâchoire lors d’une nouvelle opération. Il devra porter un bandeau (Autoportrait au bandeau noir). Malgré cela, il continue à peindre et prépare sa prochaine exposition au Stedelijk Museum d’Amsterdam en janvier-février 1916. Le 5 avril 1916, il quitte son appartement et rentre à l’hôpital du Prinsengracht pour y subir une dernière intervention chirurgicale. Les derniers mois de son existence ne seront plus que souffrance. Il meurt en juillet 1916.



Musées principaux

Stedelijk Museum, Amsterdam
• Neige tardive, la cage (mars 1913)
• Femme couchée, la tresse (début 1913)

Musées Royaux des Beaux- Arts de Belgique, Bruxelles
• Kobe de Malines (1899-1902)
• Portrait de femme en gris, profil (1903-1904)
• Portrait de jeune garçon (automne 1904-printemps 1905)
• Le lièvre A, 1908 (début 1908)
• Le lièvre B (écorché) (début 1908)
• Intérieur d’aquafortiste B (début 1909)
• Intérieur A ou La dame en blanc, collier jaune, 1912 (été-automne 1911)
• Intérieur D ou Dame en bleu, collier d’ambre, 1912 (été 1912)
• Le chou vert (automne 1912)
• La coupe aux fruits (automne 1913)
• Le peintre Simon Lévy (1913)
• Fleurs artificielles, soir, tapisserie A (automne 1913)
• Esquisse, nu assis (printemps 1914)
• Paysage à Boitsfort (fenêtre ouverte) B (printemps-été 1914)
• Le flûtiste (printemps-été 1914)
• La dame en bleu devant la glace (printemps-été 1914)
• Dans la barque (Schinkel à Amsterdam) (été 1915)
• Humeur sombre (novembre 1915)
• Portrait d'homme (1899-1902)

Musée David et Alice van Buuren, Bruxelles
• Pivoines devant la glace (1912)
• Nature morte (pomme et bananes), 1913 (automne 1913)
• Les pêches (été 1914)

Musée d’Art Wallon, Liège
• Intérieur C ou Femme assise sur le lit ou Après-midi d’été (été 1912)
• Après-midi d’été (été 1915)

Musée des Beaux-Arts, Liège
• Portrait du père de l’artiste A ou L’homme au chapeau de paille (été 1912)

Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Antwerpen
• Portrait de Rik par lui-même (1903-1904)
• Façades blanches et jardin à Boitsfort ou La petite maison de Rik ou Le dos de la petite Maison à la lisière de la forêt (automne-hiver 1907)
• La maison rouge, neige tardive (hiver 1907-printemps 1908)
• Le peintre sur le Hoogbrug, Malines, 1908 (début 1908)
• Portrait de Rik au chapeau noir, 1908
• Intérieur d’aquafortiste B (début 1909)
• Intérieur B ou La repasseuse (début 1912)
• Les tulipes (mars-avril 1912)
• L’éducation A (printemps-été 1912)
• Le vieux noyer B (été 1912)
• Etude de nu, femme se coiffant (1912)
• Esquisse, femme en noir debout lisant le journal (1912)
• La malade au châle blanc (automne 1912)
• La chapelle de Notre-Dame de Bonne Odeur (printemps 1913)
• La liseuse, livre vert, 1913 (été 1913)
• La ravin A (octobre-novembre 1913)
• L’automne (automne 1913)
• Portrait de Rik au cigare, veste bleue, chapeau gris (1913)
• Paysage à Boitsfort (fenêtre ouverte) A (printemps-été 1914)
• Portrait de femme, corsage de tulle blanc (été 1915)
• Grattage de palette du tableau Nu au fauteuil d’osier (octobre-novembre 1915)
• Rik au bandeau noir (novembre 1915)
• La malade au châle blanc (debout, stores verts) (automne-hiver 1915)
• Portrait de Rik au chapeau vert (buste) (novembre-décembre 1915)
• Grattage de palette du tableau Portrait de Rik au chapeau vert (novembre-décembre 1915)
• Repasseuse (hiver-printemps 1916)
• Intérieur, ciel d’orage (hiver-printemps 1916)
• L’églefin (printemps 1916)

Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Gent
• Femme accoudée, manchettes, robe noire, soir (hiver 1915-1916)

Musée Communal des Beaux-Arts, Ixelles
• La dame assise dans un intérieur (chapeau rouge à la main), ou Après-midi à Boitsfort, 1908 (fin 1908)
• La vierge folle, bronze

Museum voor Schone Kunsten, Hof van Busleyde, Mechelen
• Portrait d’Ernest Wijnants, premier état (été 1912)
• Rik à la blouse bleue (printemps 1914)

Musée National d’Art Moderne, Paris
• Portrait de Madame Rik Wouters, 1912 (automne 1912)

Lyon, Musée des Beaux-Arts
• La vierge folle, bronze

Bruges, Groenige Museum
• Les soucis domestiques (1913), bronze

Rotterdam, Museum Boymans-Van Beunigen
• La femme en rouge, fauteuil d'osier (1913)